Près de deux ans et demi à la suite de ma naissance en 1946, Émilie mit au monde une fille, Christiane, née le 12 mars 1949, à Saint-Bruno dans la maison de nos parents, qui opéraient un commerce au sein de la résidence, situé au centre du village. Trois ans à la suite du décès, à l’âge de 6 ans, de notre petite sœur Gemma, Jean-Claude et Christiane formèrent ce que toute notre fratrie a nommé par la suite « la deuxième famille ». La différence d’âge de 23 ans entre l’aînée, Lucienne, née en 1926, et Christiane, née en 1949, justifiait l’appellation. L’enfance de Christiane fut heureuse, comme elle le raconte dans son texte de 2008, intitulé « Parcours de vie de Christiane Dallaire » : « Les plus vieux de la famille étaient mariés et deux nièces étaient déjà là. Je suis la cadette de douze enfants. J’ai été élevée à travers plein de monde : frères, sœurs, nièces, neveux, clients. Mes parents étaient bons, aimants, et travaillants. Ils donnaient tout ce qu’ils avaient à leurs enfants pour le quotidien de la vie. Ma mère a dû prendre des pensionnaires pour joindre les deux bouts. Toute mon enfance s’est déroulée entourée et empreinte du monde des affaires, car mon père était vendeur. Une enfance de jeux aussi, je me vois comme une enfant très enjouée, qui aime bouger, rire et qui passait une partie de la journée dehors. Une vie de jeune qui aime la vie et qui vit aussi certaines inquiétudes. Un de mes beaux souvenirs, à chaque année, à Pâques, ma mère m’achetait un beau costume, avec un chapeau et des souliers de cuir « patente ». Pour moi, c’était le bonheur total! » Puis à douze ans, la stabilité de l’enfance de Christiane en prend un coup; sa mère, notre mère adorée, Émilie, décède à l’âge de 55 ans. Le choc est moins dur pour moi; âgé de 15 ans, j’avais déjà pris mon envol, quelques mois auparavant. Par contre, la vie de ma sœur fut bouleversée par beaucoup de changements en ce qui a trait à la maison, aux écoles, aux villages, aux villes… Christiane a dû développer une capacité à se faire des amis, à se débrouiller, à s’adapter; question de survie. Dans la vingtaine, Christiane abandonne la pratique religieuse, par manque de foi; elle vivait une religion culpabilisante; elle allait tout de même aux célébrations liturgiques de Noël et de Pâques, si possible dans notre village natal, Saint-Bruno. Dans ce contexte difficile, Christiane poursuivait sa recherche de sens à sa vie et d’appartenance. Au cours des années qui ont suivi le décès de notre mère, nous nous sommes perdus de vue, Christiane et moi, parcourant chacun à notre façon notre route vers l’âge adulte; sans la présence d’Émilie, cette femme que nous avons profondément aimée. Les photos donnent une bonne idée de ce dont nous avions l’air au moment où nos chemins se sont à nouveau croisés. 1 Christiane lors d’un voyage en Haïti 2 Christiane et Jean-Claude lors des noces de Gérardine et René 3 Christiane grimpée sur le toit du vieux hangar 4 Christiane et Jean-Claude assis sur le divan du condo de Christiane 5 Christiane en visite chez Jean-Claude à Québec/strong>blockquote>
Au début de la quarantaine, Christiane travaillait déjà, depuis presque 20 ans, auprès des personnes handicapées intellectuelles, à la Villa des Lys, un établissement d’Alma dédiée à cette clientèle. Pour elle, ce travail était un des grands cadeaux de la vie; elle pouvait vivre son « don de proximité aux personnes ». En septembre 1990, la vie heureuse de Christiane est chamboulée, lorsque les médecins dépistent chez elle un cancer du sein. Dans un premier temps, Christiane est d’abord atterrée; mais elle adopte rapidement une attitude de combattante, déterminée à recourir à tous les moyens pour éradiquer cette terrible menace qui pèse sur sa vie; elle subit l’incontournable opération, suivie de plusieurs semaines de chimiothérapie. Je me sentais révolté à la pensée que l’intégrité physique de ma petite sœur a été altérée, comme ce fut le cas pour ma sœur Gérardine en 1980; toutes les deux ont dû y laisser une partie d’elle-même. J’avais la force nécessaire pour assurer à ma sœur puînée une présence fraternelle et solidaire, exprimée par des gestes d’affection, de protection, de soutien et d’encouragement. Christiane sortit victorieuse de son combat. Vers la fin de sa vie de travail en septembre 2006, ma sœur vit un deuxième cancer du sein, seize ans après le premier. Christiane précise avoir continué à faire sienne La Parole d’Isaïe, selon laquelle « Votre seule force est dans le calme et la confiance »; parole transmise par une proche, lors du premier cancer. Christiane traverse courageusement cette épreuve qui la frappe très fort psychologiquement, avec l’aide de l’amour des autres, des bons soins reçus ainsi que d’un accompagnement psychologique. « J’ai eu le privilège, explique Christiane, de pouvoir aller au bout de ma vie de travail, en y retournant pour faire un beau départ, digne de toutes ces années de travail. Une sorte d’escale où j’ai vécu intensément chaque jour, dans la grande joie de la survivance ». En 2019, treize ans plus tard, on peut affirmer que le deuxième combat de ma sœur Christiane a également été victorieux. Le tableau du haut s’intitule « la montagne Sainte-Victoire », réalisé par le peintre Paul Cézanne (1839-1906). J’ai inséré la photo de Christiane pour célébrer ses deux combats victorieux.
Le parcours de ma sœur vers l’âge adulte s’effectua dans des conditions difficiles, générées par le décès de notre mère bien-aimée, Émilie. Pour Christiane, âgée de 12 ans, la rupture définitive du lien maternel était catastrophique. Personne d’autre ne pouvait remplacer le soutien inconditionnel et l’amour maternel, dont elle avait absolument besoin pour traverser la turbulence de l’adolescence et l’insécurité liée au début de sa vie d’adulte. Christiane relate cette période dans son document « Parcours de vie » : « À 14 ans, je commence à travailler à l’évêché de Chicoutimi, pendant les vacances d’été. En 1967, je commence un cours d’infirmière, que je n’ai pu terminer, et par la suite, un cours d’assistance sociale, abandonné également pour raison de santé. J’avais trois ans de cégep et pas de profession. Puis je travaille un an comme commis de bureau au ministère du Revenu à Québec. Je reviens au Lac, à Alma, où je travaille six mois pour la compagnie Fuller comme vendeuse. Ce qui était dans mes cordes en quelque sorte! Mais mon aspiration, mon choix de vie n’étaient pas cela. » Le mercredi 3 novembre 1971, Christiane entre, à titre d’éducatrice auprès des personnes handicapées intellectuelles, à la Villa des Lys; elle a œuvré, à divers titres, auprès de cette clientèle pendant toute sa carrière. Christiane affirme que cet événement de novembre 1971 « a mis un baume sur les échecs antérieurs. Il m’a redonné confiance au présent et à l’avenir. » Elle avait franchi la première étape de sa vie professionnelle envers et contre tout. La photo du haut montre Christiane et son collègue, Claude Garneau, en compagnie de trois personnes dont ils s’occupaient, à titre d’agent d’intégration au travail.
D’abord, Christiane a travaillé pendant plus de 15 ans comme éducatrice, auprès des personnes handicapées intellectuelles qui résidaient au sein de l’établissement de la Villa des Lys. Dans ce cadre, Christiane œuvrait quotidiennement dans ce milieu institutionnel, entourée de ses pairs, auprès d’une clientèle qui a bénéficié de son soutien compétent, et surtout de son affection et de son attention maternelle. En cours de route, elle a pu terminer son cours d’assistance sociale et suivre le cours d’éducatrice spécialisée. En plus de ses 15 ans comme éducatrice en institution, Christiane a travaillé un bout de temps pour les foyers de groupe qui hébergent la clientèle des personnes handicapées intellectuelles.
Par la suite, ma sœur Christiane a travaillé plus de vingt ans dans des services d’adaptation, de réadaptation et d’intégration sociale auprès des personnes handicapées intellectuelles : services socioprofessionnels, le travail en atelier et agente d’intégration au travail; elle œuvrait au sein de la communauté. En somme, le nombre d’années que Christiane a consacré aux personnes handicapées intellectuelles se chiffre à trente-six ans et deux mois de service. Au cours de la dernière partie de sa carrière, Christiane a occupé un poste d’agente d’intégration au travail, à l’emploi du CRDI-Alma, un des centres de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement du Saguenay-Lac-Saint-Jean (CRDITED) SLSJ. La mission du CRDITED est « d’offrir des services d’adaptation ou de réadaptation et d’intégration sociale à des personnes qui, en raison de leur déficience intellectuelle ou d’un trouble envahissant du développement, requièrent de tels services, de même que des services d’accompagnement et de support à l’entourage de ces personnes. » (Art. 84, Loi sur la santé et les services sociaux). Ce fut un nouveau défi pour Christiane : amener les entreprises à devenir des partenaires dans l’atteinte de l’intégration à l’emploi des personnes handicapées intellectuelles; un défi à la hauteur de sa passion et de ses capacités évidentes de communiquer, de convaincre, de mobiliser les acteurs concernés, d’intervenir auprès de sa clientèle et de leur entourage. Christiane s’est employée à sensibiliser la population sur la réalité des personnes handicapées intellectuelles. À titre d’éducatrice spécialisée, ma sœur a rendu des personnes heureuses dans leur emploi; satisfaites d’être utiles pour la société; elle a soutenu leur entourage et leurs parents, rassurés et fiers des acquis de leur proche. Les titres et les photos témoignent clairement de la réussite de Christiane et de son collègue, Claude Garneau.
Très tôt dans sa vie d’adulte, Christiane a ressenti un immense besoin de sens et d’appartenance dans son existence. Elle a connu et fréquenté plusieurs groupes : les sœurs du Bon-Conseil, les sœurs de la Sainte-Famille de Bordeaux, l’Arche de Paix, Ressourcement Alliance, l’Association Notre-Dame (AND), et d’autres; son aspiration à vivre une appartenance stable était forte et tenace; elle ne trouvait pas la forme d’engagement auquel elle aspirait. Par la suite, Christiane a constaté qu’elle voulait « un engagement à part entière, qui était plus engageant, et cela, sans vœux; je souhaitais rester laïque dans le monde. » Les expériences et les événements de la vie ont conduit ma sœur vers l’Association Notre-Dame (AND). En août 1985, elle vit sa première session « Personnalité Relation Humaine (PRH) » avec Marie Côté. À la fin de la session « Qui-suis-je », Marie leur parle du Rocher spirituel. À l’automne 85, Christiane séjourne au Rocher chez « les Roses », comme on les appelait; elle s’inscrit au cours de théologie avec Rose Coté; elle retourne et fréquente, à bien d’autres occasions, le Rocher; l’endroit devient pour elle un refuge et un havre de paix, où elle côtoyait d’autres membres de L’AND; puis, Rose Carrier l’invite pour le souper du soir de Noël, à Laterrière. À la suite de son adhésion à l’AND, ma sœur commence, en août 1994, une année de discernement. Un an plus tard, Christiane prend son premier engagement à Val-Racine et commente ainsi l’événement : « J’avais la sensation de me marier. J’ai acheté des vêtements neufs pour la circonstance. Ma sœur Gérardine m’envoie trois roses rouges symbolisant la Trinité. » En 2007, lors d’une retraite, elle accueille favorablement la « question affirmative » d’une proche au sein de l’AND, Anne-Marie : « Notre spiritualité des béatitudes ne serait-elle pas mieux nommée si nous disions : une spiritualité de l’existence humaine? » L’affirmation, sous forme de question, d’Anne-Marie rejoint les conclusions que Christiane formule, à la suite de toutes les expériences vécues dans sa quête de sens, notamment celles vécues à l’AND : « Les fruits sont nombreux; le plus intéressant c’est être en marche avec d’autres pour vivre ma foi, ma vie humaine; pour vivre la fraternité. Nous sommes faits pour être en relation et vivre heureux. Je sens que ma Foi a besoin de plus en plus de vivre bien incarnée dans mon quotidien, dans toute mon humanité, dans l’expérience quoi! » Les photos : 1 N’ayez crainte, Christiane a trop besoin d’incarnation pour être un ange; mais il symbolise son besoin de transcendance 2 Christiane et Marie Côté 3 Christiane accompagnée de personnes qui ont joué un rôle important pour elle dans son cheminement au sein de l’AND (Suzette Bergeron, Rachel Brosseau, Raymond Bergeron et Rose-Aimée Carrier) 4 Les fondements de l’AND.
Au début des années 2010, Christiane sent le besoin de relever un autre défi au sein de l’Association Notre-Dame (AND). Ma sœur croit avoir le potentiel pour briguer le poste de trésorière qui est, en réalité, un rôle d’Administratrice par l’ampleur des tâches et des capacités exigées. Christiane est élue à ce titre par l’Assemblée générale pour un mandat de trois ans; elle s’investit corps et âme et démontre qu’elle possède les qualités requises. Malgré la somme considérable de temps que nécessite le rôle d’administratrice, Christiane accepte en plus de gérer le deuxième immeuble de l’AND, qui héberge le Rocher spirituel, des bureaux et un logement. Pour avoir géré moi-même mon quadruplex pendant plus de 20 ans, je peux affirmer que ça demande beaucoup d’énergie et de temps; le fait que ma sœur demeure à Alma et que l’immeuble est situé à Chicoutimi gruge plus de temps. Dans le cadre de l’exercice de son rôle, Christiane est appuyée par un groupe conseil appelé « service de l’unité » qui joue un rôle majeur dans la prise de décision. À la suite de ses trois premières années, le mandat de Christiane a été renouvelé pour un autre terme. En 2019, ma sœur a décidé de poursuivre différemment sa contribution à l’AND. Pendant les neuf années où elle a occupé son poste de trésorière, Christiane a déployé toute son énergie pour assurer un service personnalisé auprès des membres de l’Association dans le besoin. Les photos rendent compte des d’activités et de certains événements dans la vie de l’AND. 1 Les membres en assemblée générale annuelle 2 Le signet produit à l’occasion du 70e anniversaire de l’AND 3 Les membres du Service-conseil, de gauche à droite, Émilien Dumais – accompagnateur spirituel – Louise Pelletier – secrétaire – Marielle ST-Laurent – orientation – Christiane Dallaire – trésorière – Francine Lajoie – orientation – Pierre Lalonde – président – 4 Le deuxième immeuble de l’AND dont Christiane s’est occupée dans le cadre de ses fonctions d’administratrice.
Il y a un moment dans l’évolution de la vie d’une famille où la poursuite des relations entre les membres est menacée. Les réunions annuelles de la fratrie cessent, à moins qu’un des membres décide de prendre en charge la tenue d’un tel événement. Christiane a pris la décision de poursuivre la tenue de la réunion de famille annuelle, au cours de la période du temps des Fêtes. Chaque année, entre 1990 et 1999, ma sœur Christiane a invité les membres de notre famille à un brunch qui a eu lieu d’abord à son appartement du boulevard Champlain, et par la suite, à son condominium de la rue Bourassa. Dotée d’un talent évident d’organisatrice, la cadette de la famille s’occupait, avec l’aide de quelques adjoints, dont son frère Jean-Claude et sa nièce Thérèse Roy, de la logistique, de l’animation, des victuailles, des décorations, du cocktail, de l’achat des cadeaux, de la prise de photos-souvenirs et d’autres attentions personnalisées. Les photos du haut ont été prises au cours de ces retrouvailles familiales. La réunion de famille annuelle a créé en chacun de nous des souvenirs heureux qui prennent de la valeur en d’autres temps plus difficiles à vivre.
Christiane tenait beaucoup à se faire photographier personnellement avec chacun de ses frères et sœurs; c’était une façon de leur exprimer son affection. Je crois que ma sœur voulait ainsi individualiser son lien avec chacun et chacune des membres de notre fratrie, encore de ce monde. Les photos du haut montrent le lien chaleureux de Christiane avec les siens. Nous avons tous apprécié le baume que notre réunion de famille apportait; nous nous sentions plus forts pour vivre les deuils causés par le décès, au début des années 1990, de nos frères bien-aimés, Germain et René. Les souvenirs de nos rencontres familiales nous ont aussi aidés à vivre les départs de Gérardine, en 1999, et de Rollande, en 2006. Un grand merci à toi, ma sœur Christiane. Les photos : 1 Lucienne et Charles Roy avec Christiane 2 Rollande et Christiane 3 Thérèse Barrette, Bernard et Christiane 4 René Brochu et Gérardine avec Christiane 5 Christiane avec Éliette, épouse de notre frère, feu René 6 Marie avec Christiane 7 Charles Roy observe avec amusement Lynne, fille de Bernard, qui badine avec Jean-Claude et Christiane 8 Christiane avec ses trois sœurs, Lucienne, en avant-plan, derrière elle, de gauche à droite, Marie et Rollande; la photo a été prise après le décès de notre sœur Gérardine.
Mes expériences personnelles me permettent d’affirmer que l’amitié est un cadeau d’une valeur inestimable; le fruit d’une merveilleuse alchimie entre deux personnes, qui cause un état de plénitude du cœur. Christiane a vécu cette plénitude avec quelques personnes au cours de son existence. La générosité de ma sœur m’a permis de rencontrer plusieurs de ses amies et de partager des moments privilégiés avec des personnes dont la qualité est remarquable. Les photos permettent également de constater que Christiane possède la capacité de tisser des liens avec des proches de la personne avec laquelle elle est en amitié. De plus, ma sœur a développé des amitiés avec des personnes provenant de sa famille élargie. Les photos : 1 Francine Doré et Christiane 2 Francine Doré, Christiane et Estelle Doré, sœur de Francine 3 Line Lavertu et Christiane 4 Line Lavertu, Christiane, Annie Beausoleil, fille de Line, et son fils Massimo 5 Jeannette Fontaine, Christiane et Rachel Tremblay 6 Christiane et Sylvie Larochelle 7 Christiane et Lynne Dallaire 8 Christiane et Myriam Côté.
Fiou… J’ai eu peur d’être exclu de l’histoire de Christiane que Jean-Claude, son frère, est en train de rédiger. J’étais inquiet d’être ignoré, comme toujours. Je me suis souvenu que Jean-Claude a créé un personnage, qui me ressemble comme deux gouttes d’eau, dans son premier roman « Je te salue, Marie ». J’avais bien aimé le portrait qu’il a esquissé de moi. Voici l’extrait du roman : « Je l’invite donc à passer une fin de semaine avec nous à Montréal. Je rédige une lettre à l’intention de son « Virgule », un singe très sympathique et porteur d’une sagesse hors du commun, malgré une essence irrémédiablement synthétique; ce qui explique son importance primordiale dans la vie de ma sœur. Nous faisons appel à ses lumières lorsque nous avons des choses délicates et risquées à nous dire. J’ai ainsi tissé avec lui des liens presque humains, pour mieux rejoindre Angèle dans son univers. » C’est vrai que je suis essentiellement synthétique, mais je ne suis pas inexistant pour autant. J’existe dans la conscience des proches de Christiane; ils savent bien, comme Jean-Claude, que je suis l’alter ego de Christiane; elle me fait confiance autant qu’en elle-même; on pourrait dire que je suis son ami inséparable et indissociable. Comme je suis synthétique, je suis toujours là, sans sortir, souvent assis dans ma chaise berçante; ça rassure Christiane qui peut ainsi faire appel à moi en tout temps. Malgré ma stabilité, j’ai développé des liens avec plusieurs êtres synthétiques de mon espèce, offerts par des proches de Christiane, comme sa sœur Rollande qui lui en offrait un chaque année. Notre ancêtre simiesque s’appelait « Potemkine », un cadeau que Christiane a reçu de son père Élie. Le plus récent s’appelle CÉMOI; il est malin comme un singe… CÉMOI est très égocentrique; l’univers tourne autour de lui; il ne se lasse pas de prendre des égoportraits. Quand je l’aurai écouté et compris suffisamment, comme ce fut le cas avec bien d’autres, Christiane va le transférer dans notre panthéon simiesque, autrement appelé le « cagibi », un lieu de repos et d’oubli relatif. « Point-Virgule », celui qui a vécu le plus longtemps avec nous, s’y repose. Ce modus vivendi entre moi et mon inséparable amie, Christiane, fait en sorte que je demeure toujours sans rival; je trône sans conteste sur un royaume fantoche. « Garno », artiste et ami de Christiane, a réalisé un portrait de moi dont je suis très fier. Il a du talent et il s’est intéressé à moi. Tout compte fait, j’aime bien ma vie d’être synthétique. Je ne vieillirai jamais. Je terminerai ma vie dans notre panthéon. Les photos : 1 Virgule, naguère 2 Virgule « new look » pose à côté de son portrait réalisé par Garno, Claude de son prénom 3 Virgule assis dans sa chaise berçante 4 Potemkine, l’ancêtre, ressorti du « cagibi », le temps d’une photo…










